SantéStratégieTendances

[COVID-19] La nicotine au coeur du débat, quelle incidence pour la vape ?

By 29 avril 2020 No Comments

Après la chloroquine une nouvelle piste de recherche a été trouvée contre le Covid-19 : la nicotine. Depuis longtemps diabolisée, elle est aujourd’hui au cœur de l’actualité.

Des études sur les typologies de patients atteints du Coronavirus qui interrogent.

Les études sont nombreuses dans le but d’analyser les typologies de patients ayant contractés le coronavirus. De récentes études ont montré que le taux de fumeurs ayant contracté le virus n’était pas similaire et représentatif au nombre de fumeurs dans les pays.

En Chine, foyer de départ du Covid-19, une étude sur les patients atteints du virus a été publiée dans The New Journal of Medecine. En Chine 30% des adultes sont fumeurs, malgré cela, seul 12% de fumeurs étaient atteints parmis l’échantillon d’infectés. Aux États-Unis, pays fortement impacté par la crise sanitaire, 1.9% des cas du coronavirus seraient des fumeurs, un pourcentage 10 fois moins important qu’au pourcentage de fumeurs dans le pays. En France, sur le nombre de fumeurs atteints du Covid-19, seul 5% étaient des fumeurs.

Pourquoi les chercheurs ont-ils tout de suite fait le lien entre fumeur et nicotine ?

En effet ce n’est pas le tabac qui est susceptible de soigner le Covid-19 mais la nicotine. Si la nicotine apparaît dans l’hypothèse et non une autre substance présente du tabac c’est que les scientifiques se sont appuyés sur les recherches existantes. Selon le communiqué de presse d’institutions scientifiques, le récepteur nicotinique de l’acétylcholine responsable de l’influx nerveux pourrait avoir un rôle à jouer dans la fixation du Covid-19. En effet, le Covid-19 possède une séquence génomique qui serait capable de se fixer sur le récepteur à l’acétylcholine. La nicotine est un agoniste (capable d’imiter le rôle) du neurotransmetteur acétylcholine et ainsi elle peut se fixer sur l’un de ces récepteurs dit nicotinique.

Qu’en est-il pour les vapoteurs ?

Actuellement les autorités sanitaires françaises n’ont pas évalué le nombre de vapoteurs dans les cas du Covid-19. Il en est de même pour les personnes utilisant d’autres substituts nicotiniques. Un sondage français lancé par les associations Aiduce et Sovape, avec la collaboration du Pr Bertrand Dautzenberg, a été réalisé auprès de 4.315 vapoteurs exclusifs (qui ne fument pas de tabac). Parmi eux, 2,8% suspectaient d’être infectés par le Covid-19, alors que les estimations de l’époque évaluaient à 3% la part de Français infectés. Ces chiffres ne montrent aucun effet positif ou négatif du vapotage sur la contraction du Covid-19. Cependant cette enquête laisse simplement des indices puisqu’elles ne s’appuient pas sur des méthodes scientifiques. En effet cette étude relève de nombreux biais, tels que le fait de s’appuyer sur un jugement subjectif des participants, et le fait de ne pas avoir une segmentation précise des vapoteurs selon leur taux en nicotine.

Des titres ambigus de la part des médias.

Les articles relayés par les médias peuvent véhiculer des amalgames auprès des lecteurs. Les gros titres tel que “ Fumer protégerait du Coronavirus ?” montre que la corrélation entre tabac et nicotine est facilement réalisable dans l’esprit de la population. Pourtant, s’il n’y a pas de tabac sans nicotine, il y a de la nicotine sans tabac. En effet les recherches actuelles ne se portent pas sur les 4 000 substances contenues dans le tabac mais bien seulement sur la nicotine. Les fumeurs sont simplement le segment qui a permis de justifier une ouverture sur cette voie de recherche. La population est bien au courant que fumer est dangereux pour la santé. Mais en associant constamment la nicotine au tabac, ces erreurs de formulations peuvent ancrer les croyances que la nicotine est la principale molécule de la cigarette responsable de la mortalité. 

Limitation de la vente des substituts nicotiniques.

Bien que le papier toilette a fait l’objet d’une forte demande chez les consommateurs au début du confinement, il est peu probable qu’on observe une augmentation de la demande sur les cigarettes. La population est bien consciente depuis des années que les cigarettes augmentent les probabilités de décès prématurés. De plus, la hausse du prix des paquets des cigarettes est un facteur modérateur de la demande. Cependant, une hausse des achats des substituts nicotiniques a déjà été anticipé par le gouvernement. En effet, la vente des dispositifs de sevrage à base de nicotine est dorénavant limitée en pharmacie et suspendue en ligne selon un arrêté publié le vendredi 24 Avril au Journal Officiel. En pharmacie les doses vendues sont limitées à celles pour un mois de sevrage jusqu’au 11 mai, date probable du début de déconfinement.

Des études en cours de développement.

Des études sont en cours afin d’élucider si la nicotine a un rôle à jouer dans la propagation du Covid-19. Bien évidemment les chercheurs ne feront pas fumer les patients ! Ce seront probablement des patchs contenant de la nicotine comparés à des patchs sans nicotine pour un effet placebo (cas contrôle) qui seront utilisés. Mais pas de crainte à avoir sur un éventuel traitement qui rendrait le monde entier accro à la nicotine. En premier lieu, parce que la nicotine délivrée par les substituts nicotiniques est libérée beaucoup plus lentement que dans le tabac et avec des concentrations plus basses. Par ailleurs, les non-consommateurs de nicotine peuvent être intolérants à cette dernière. Les scientifiques pourront miser sur des agonistes de la nicotine qui peuvent également se fixer sur le récepteur pour échapper aux effets secondaires.

Des chiffres essentiels à ne pas oublier.

Les études actuelles semblent révéler que les fumeurs ont moins de risques de contracter le Coronavirus. En revanche, les fumeurs malades sont sévèrement atteints. Dans la même étude Chinoise citée précédemment, le pourcentage de fumeurs passait de 12% à 26% si l’on ne considérait que les cas les plus graves, ventilées et admis en unité de soins intensifs. La tueuse responsable de près de 75 000 morts par an en France, altère considérablement les capacités respiratoires de ses consommateurs. Il est alors logique qu’un fumeur atteint du Covid-19 multiplie ses risques de développer de lourdes complications.

Une recherche optimiste pour les perceptions à l’égard de la vape auprès des fumeurs ?

Les e-cigarettes ne persuadent pas tous les fumeurs à l’adopter pour se sevrer du tabac. La nicotine présente et recommandée par les professionnels du secteur pour se sevrer a un rôle à jouer. En effet selon une étude de BVA, 80% de la population pense que la nicotine est cancérigène. Un chiffre semblable à une étude qui révélait que même après le visionnage d’une fiche informative, la perception correcte de la nicotine s’élevait à seulement 26% de la part des participants. Cela s’explique par une croyance sociétalement ancrée en une nicotine responsable de la mortalité du tabac. De même, les avertissements sanitaires contre le tabac ont beaucoup pointé du doigt la nicotine et son pouvoir addictif pour décourager les plus jeunes à fumer plutôt que de cibler la combustion. Cet argument constamment présent renforce les perceptions erronées à l’égard de la nicotine et peut tendre à dissuader les fumeurs d’utiliser la e-cigarette. De plus l’obligation d’avertissement sanitaire apposé sur les fioles d’e-liquides peut décourager la cible. De même, ces avertissements apposés également sur les packagings des e-cigarettes peut provoquer la confusion.  Si les recherches sur la nicotine dans le Covid-19 se révèlent concluantes, les autorités devront davantage communiquer et rassurer la population sur les propriétés de la molécule. Cette nouvelle vague d’informations probables pourra peut-être déconstruire les perceptions erronées sur la nicotine et servir alors à la vape comme dispositif de sevrage tabagique.

La nicotine est aujourd’hui au coeur de l’actualité de la crise sanitaire du Covid-19. Bien que la population a depuis longtemps de fausses croyances sur ses conséquences sur la santé, cette médiatisation peut peut-être déconstruire les perceptions erronées et légitimer la vape comme moyen de sevrage auprès des fumeurs.

Leave a Reply